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Torrents

La vallée est paisible, l'escarpement est silencieux. Le vent se tait. Tout à coup, à un coude de la montagne, le gave apparaît. C'est le bruit d'une mêlée, c'en est l'aspect. Les combattants éternels hurlent de rage, on croit voir voler les projectiles.
On s'approche. De larges entonnoirs forment de grandes cuves où l'eau saute et bout couverte d'écume comme dans une marmite énorme chauffée à un feu qui ne s'éteint jamais.
Des souches d'arbres, monstrueuses, des racines hideuses, décharnées et difformes, roulent dans le torrent comme des carcasses d'hydres. L'horrible est là partout. Tantôt c'est une marmite qui bout, tantôt c'est un baquet de savon.
Une branche morte tombée dans une fente et saisie par la cascade tremble là éternellement.
Dans les cascades, parties où il y a un peu d'ombre : un arc-en-ciel. Les mousses pendent et l'eau s'en exprime comme d'une chevelure. jolis arbustes à feuilles vigoureuses, et à fruits noirs, bons à manger, qu'ils nomment cerises de montagnes.
Enorme dégorgement de mousse comme d'une bouteille de bière pour Gargantua.
Il faut voir le feu dans l'incendie et l'eau dans la cascade.
Deux gouffres.
Cela se ressemble.

Victor Hugo